L'ogresse en pleurs de Valerie Dayre
RésuméC'est une ogresse qui cherche un enfant à manger. Elle est pointilleuse sur celui qu'elle veut manger, tellement pointilleuse qu'elle va maigrir. Elle va devoir revoir ses exigences. Mais la peur a envahi le pays et elles ne rencontrent plus d'enfants sur son parcours car ils se cachent.
Bio de l'auteur
Auteur de 19 livres pour enfants et adolescents, elle a par ailleurs traduit plus de 40 romans de littérature américaine, jeunesse ou adulte. Son premier roman pour la jeunesse, Miranda s’en va, a été publié en 1989 aux éditions Milan. Elle a écrit deux albums : L’ogresse en pleurs en 1996, illustré par Wolf Elbruch, et tout récemment Enchaîné, illustré par Sara. La grande majorité de ces livres est éditée à L’École des Loisirs. Depuis peu elle publie aussi chez d’autres éditeurs : La Joie de Lire ou l’Atelier du Poisson Soluble.
Ses textes, jamais mièvres, parlent souvent de cruauté, de vérité et de mensonges, de mort. Ce sont des constructions savamment organisées qui ressemblent parfois à des jeux de pistes et invitent le lecteur à comprendre le point de vue de l’auteur sur le monde et la société, à travers le regard de ses personnages. Valérie Dayre possède un talent certain à se projeter dans l’âme des enfants, à traduire ce qui se passe dans leurs têtes, ce qu’ils ressentent, leurs manières de voir les choses. Mais son style est loin d’être enfantin. Chaque mot semble être choisi, réfléchi, adapté au genre de l’histoire : poétique, incisif ou humoristique... Elle aime jouer avec les mots.
Ses romans sont toujours porteurs de sens. Elle y défend sans moralisme des valeurs humanistes et citoyennes exprimées par la voix même des enfants, qui souvent, s’oppose à celle des adultes. Elle aborde des notions graves (la précarité, le racisme, l’égoïsme, la cruauté...) susceptibles de faire réfléchir les jeunes lecteurs.
Valérie Dayre est un écrivain aussi passionnant qu’étonnant.
Thèmes
Faim, ogresse, peur, désespoir, enfants
Personnages
Ogresse, enfants, habitants
Composition
Livre illustre de cycle 3. Edition Milan.
Impressions
L'histoire est très courte, je ne vois pas bein comment l'exploiter et en plus à présenter à l'oral, ça fait moins de vingt lignes.
Interpretation siac 1
Sobrement racontée, l’histoire narrée par cet album
semble être celle d’une ogresse cherchant un enfant
à dévorer, finissant par en trouver un chez elle, le
mangeant, et se désespérant ensuite de l’avoir fait,
cherchant alors « un enfant à aimer ».
Mais, à y regarder de plus près, cette histoire de
surface n’est peut-être qu’un conte, au sens de
« récit mensonger » (Petit Larousse) car si le texte
commence par « Il était une fois », il s’achève ainsi :
« Les mots sont confondants », autrement dit,
déconcertants. Et bien d’autres indices incitent à
chercher d’autres sens, plus symboliques.
Le titre tout d’abord, car jamais dans le texte le
personnage principal n’est désigné par le mot
« ogresse », toujours par le mot « femme » ; en
outre, elle ne pleure pas, ce qui est dit en toutes
lettres. La scène de dévoration, ensuite, qui n’est que
suggérée. Alors même que le texte explicite dit :
« Elle le croqua », l’image représente un singe jouant
du tambour, qui paraît être le témoin horrifié de la
scène que le lecteur ne peut qu’imaginer.
Un jeu avec les mots, également, qui introduit une
certaine légèreté dans le récit. En particulier l’emploi
de l’expression « croquer le marmot ». On pourra
faire découvrir aux élèves le poème de Victor Hugo
qui joue avec la même expression : L’Ogre, extrait
de Toute la lyre. Et on pourra également répertorier
tous les synonymes d’« enfant » utilisés : marmot,
lardon, loupiot, marmouset, bambin, mouflet, pitchoun,
drôle, moutard, gamin et rechercher l’histoire
de certains comme « marmot »; on sera surpris de
constater que « marmot » était jusqu’au XIXe siècle
un gros singe !
L’illustration accentue encore le caractère ambivalent
de cette histoire. L’image qui précède la page de titre
représente une fillette qui survole une marelle.
S’agit-il de l’ogresse enfant ? L’image suggère-t-elle
le parcours allant de l’enfer au ciel ? Ou la vie n’estelle
qu’un jeu d’enfant ?
Ensuite, en signant les images à la manière chinoise,
d’un ou plusieurs tampons, l’illustrateur renvoie le
récit dans un pays lointain, tout comme il perturbe
le temps en représentant des lunes multiples.
Enfin, à voir la façon caricaturale dont sont représentés
les enfants et leurs regards méchants, il est
difficile de les considérer comme des victimes.
D’ailleurs, ils grugent facilement l’ogresse en se
déguisant en adultes.
On discutera de l’interprétation symbolique à donner
à ce conte cruel ; s’il évoque l’ambivalence de la mère
vis-à-vis de ses enfants, elle est atténuée par son ogritude.
Dans cette voie, on explorera la polysémie
constitutive du verbe aimer. On fera chercher aux
élèves le vocabulaire de l’amour qui fait référence à
la dévoration : manger quelqu’un des yeux, dévorer
quelqu’un de baisers, goûter la présence de quelqu’un,
une personne délicieuse…
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